À la suite des violences survenues entre agriculteurs et éleveurs dans la sous-préfecture de Laoukassy, dans la province du Logone Occidental, une mission de la CNDH s’est rendue à Dafra, dans la province de la Tandjilé, pour s’enquérir de la situation des personnes déplacées et évaluer leurs besoins prioritaires.

Pres de 1900 personnes déplacées dans des conditions préoccupantes

Une délégation de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), conduite par la Commissaire Djiguimaye Morembaye Rose, Présidente de la Sous-commission Droits catégoriels, accompagnée des Commissaires Banadji Boguel Pyrrhus et Bangah Yengding Nathan, ainsi que du Secrétaire général de la CNDH, M. Mahamat Hassan Breme, s’est rendue, mercredi 12 août 2026, à Dafra, dans le département de Manbagué.

En présence des autorités administratives, communales et traditionnelles, la mission a constaté la présence de 1 885 personnes déplacées, composées majoritairement d’enfants, de femmes et de personnes handicapées. Selon les informations recueillies, leur nombre continuerait d’augmenter.

Ces populations sont installées sur un site situé à environ sept kilomètres de Dafra, dans un espace aménagé à l’origine par la Croix-Rouge française. 

Selon les témoignages recueillis, ces personnes ont fui les violences survenues au cours du mois de juin 2026 dans plusieurs villages de la sous-préfecture de Laoukassy, notamment Korong, Doguigui Mekab, Pagoun et Maïnani, ainsi que dans d’autres localités.

Elles ont ainsi abandonné leurs habitations et leurs moyens de subsistance et vivent dans des conditions particulièrement précaires, exposées notamment aux intempéries.

La mission a constaté des difficultés d’accès aux abris, à l’eau, à l’assainissement, aux soins de santé et à la sécurité. Cette situation a entraîné, pour de nombreuses familles, la perte de leurs logements et de leurs moyens de subsistance et aggravé leur vulnérabilité.

Des témoignages faisant état d’attaques et de tension autour des terres et des ressources

Les témoignages font état de la destruction de plusieurs villages, de cases incendiées et de biens essentiels vandalisés, notamment des motos, des vélos et du bétail, ainsi que de la destruction de stocks de mil.

Certaines déclarations recueillies mettent également en cause la responsabilité ou la complicité présumée de certaines autorités locales. Ces allégations, qui ne sont pas établies à ce stade, nécessitent des vérifications et, le cas échéant, des investigations complémentaires.

Les témoignages recueillis font également ressortir l’existence de tensions anciennes liées à l’accès à la terre et aux ressources naturelles.

Des représentants des personnes affectées ont notamment évoqué des ventes ou attributions contestées de terres à des éleveurs, ainsi que des restrictions qui concerneraient l’accès au fleuve, notamment pour la pêche et certaines activités quotidiennes des populations riveraines.

À son arrivée à Dafra, la délégation a échangé avec le Secrétaire général du département de Manbagué, M. Kongdi Kemnda, qui a pris ses fonctions le 3 août 2026. Les échanges ont également réuni le Sous-préfet, M. Kerim Derimvroye, le Maire de la ville de Dafra, M. Nodjikouambaye Timothée, ainsi que le chef de canton, M. Nadji Mardoché.

Les autorités locales ont présenté les circonstances dans lesquelles les personnes déplacées ont été accueillies, leurs besoins prioritaires ainsi que les difficultés auxquelles elles sont confrontées, notamment le manque de moyens d’intervention et de travail.

La sécurité, condition préalable au retour et une réponse humanitaire urgente

Les personnes déplacées ont exprimé le souhait de regagner leurs villages. Toutefois, elles conditionnent leur retour à la satisfaction de quatre besoins essentiels : la sécurité, la mise à disposition d’abris, l’accès à l’eau, à l’assainissement et à la nourriture ainsi que la prise en charge sanitaire.

Au regard des informations recueillies et des conditions constatées sur place, la situation appelle une réponse humanitaire rapide et coordonnée des autorités publiques, des organisations humanitaires et des partenaires au développement.

La mission a également été alertée sur la présence de pachydermes qui, selon les témoignages recueillis, ravageraient les cultures et provoqueraient parfois des pertes en vies humaines, aggravant davantage la vulnérabilité des communautés concernées.

La CNDH appelle à une attention urgente des pouvoirs publics et des acteurs humanitaires afin de renforcer la protectio des personne déplacées et de créer les conditions nécessaires à un retour volontaire, sur et digne.