Treize années après leur déguerpissement, des centaines de familles affectées par l’installation d’une ligne de haute tension dans la capitale tchadienne continuent d’attendre une indemnisation promise mais jamais versée. Face à ce silence prolongé, elles se tournent désormais vers la Commission Nationale des Droits de l’Homme pour faire valoir leurs droits.

Un projet d’envergure aux lourdes consequences sociales

Le Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), Belngar Larmé Jacques, a reçu ce matin les membres du comité de suivi du projet Boucle 90, relatif à l’installation d’une ligne de haute tension à N’Djamena. À ses côtés figuraient le Secrétaire général, Mahamat Hassan Bremé, ainsi que le Conseiller du Président, Manga Jean Bosco.

Ce projet d’infrastructure, qui s’étend sur près de 16 kilomètres entre Farcha et Gassi, a impacté quatre arrondissements de la capitale : les 1er, 7ème, 8ème et 10ème. Depuis 2013, les populations concernées ont été contraintes de quitter leurs habitations sans bénéficier de la moindre indemnisation. Au total, ce sont 2 203 personnes qui se retrouvent directement affectées par cette situation.

Des promesses non tenues et une longue lutte pour reparation 

Selon les représentants du comité de suivi, l’État s’était engagé en 2015 à indemniser les victimes. Pourtant, depuis cette annonce, aucune avancée concrète n’a été enregistrée. Le montant global des indemnisations est estimé à 1 622 000 000 FCFA.

Le coordonnateur des quatre arrondissements concernés, Nanglengar Tita Bertin, souligne que de nombreuses démarches ont été entreprises auprès des autorités administratives et politiques, y compris au plus haut niveau de l’État. Des instructions auraient même été données aux ministères en charge des Finances, de l’Énergie et de l’Urbanisme pour procéder au paiement des indemnisations. Mais, treize ans après les faits, les victimes restent sans réponse.

Face à cette inertie, le comité de suivi affirme n’avoir d’autre choix que de solliciter l’appui de la CNDH afin d’obtenir réparation et faire respecter leurs droits.

La CNDH s’engage a porter le plaidoyer des victimes

En réponse aux préoccupations exprimées, le Président de la CNDH a tenu à rassurer les membres du comité. Il a rappelé que l’État a l’obligation légale et morale d’indemniser les personnes affectées, d’autant plus que celles-ci avaient consenti d’importants sacrifices pour acquérir leurs terrains et y construire leurs habitations.

La Commission s’est engagée à porter ce dossier auprès des plus hautes autorités afin que justice soit rendue et que les victimes puissent enfin entrer dans leurs droits.

C’est sur une note d’espoir et de satisfaction que les membres du comité de suivi du projet Boucle 90 ont quitté les locaux de la CNDH, nourrissant l’espoir que leur longue attente touche enfin à son terme.